Une autre lecture de la neuroatypie — avec Cédric Socolovsky

Traumas, talents, énergétique et accompagnement : les principaux repères de son approche.
Psychanalyste énergéticien spécialisé dans l’accompagnement des personnes neuroatypiques, Cédric Socolovsky a construit au fil de son parcours une approche qui mêle connaissance de soi, psychanalyse, énergétique et observation des fonctionnements atypiques. Dans cet entretien, il développe une lecture très personnelle de la neuroatypie, des traumatismes, de l’accompagnement et de ce que signifie, pour lui, « être à sa place ».
Cet article est une retranscription éditorialisée de l’entretien paru sur la chaîne Youtube de ABC Talk TV intitulé Cédric SOCOLOVSKY démystifie la neuroatypie : tout trauma est un talent non utilisé
Les répétitions, hésitations, échanges annexes ont été supprimés ou réorganisés pour faciliter la lecture. Les concepts et interprétations présentés sont ceux de l’intervenant.
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Composition réalisée avec ChatGPT à partir d’une capture - Cédric Socolovsky ABC Talk

La neuroatypie, un terme devenu « fourre-tout »

Pour Cédric Socolovsky, le premier problème tient au mot lui-même. Depuis une dizaine d’années, estime-t-il, la notion de neuroatypie s’est largement diffusée, au point de recouvrir des réalités très différentes.
On a parlé de surdouance, de HPI, de TSA, d’hypersensibilité, de troubles de l’attention… Autant de termes qui ont permis à de nombreuses personnes de mieux comprendre leur fonctionnement, mais qui peuvent aussi, selon lui, devenir des catégories dans lesquelles chacun finit par reconnaître une partie de lui-même.
Son propos est volontairement provocateur : il refuse que l’étiquette devienne une explication définitive ou une excuse.
Ce qu’on appelle aujourd’hui des particularités neuroatypiques correspond, dans son propre cadre de lecture, à des fonctionnements qui n’ont pas encore été pleinement « potentialisés ».
Il observe en parallèle une évolution générationnelle. Certaines différences qui étaient autrefois peu reconnues sont aujourd’hui davantage identifiées, tolérées et accompagnées. Les parents regardent également leurs enfants autrement et acceptent plus facilement des fonctionnements qui auraient auparavant été corrigés ou contraints.
Le phénomène n’est donc pas forcément, selon lui, que les particularités se développent davantage : elles deviennent surtout plus visibles et plus autorisées à s’exprimer.

Comprendre ce qui se trouve derrière la forme

Cette volonté de comprendre les fonctionnements humains remonte, raconte Cédric, à son enfance.
Très jeune, il dit avoir été frappé par un décalage entre ce qu’il percevait chez les personnes et ce qu’elles montraient extérieurement. Cette observation l’aurait conduit à chercher très tôt des clés dans l’ethnologie, la sociologie, les langues et, plus largement, tout ce qui permet de comprendre l’humain.
Ce qui l’intéresse n’est pas tant la « forme » que le « fond ».
Par forme, il entend ce que la personne manifeste : ses comportements, ses réactions, ses difficultés, ses symptômes ou ses stratégies d’adaptation.
Le fond serait au contraire la personne telle qu’elle est derrière ces constructions successives.
C’est ce qu’il cherche aujourd’hui à retrouver dans son travail : remonter de la forme visible vers ce qu’il considère comme la structure profonde de la personne.
Cette démarche est devenue progressivement son activité professionnelle. Il la résume par une formule volontairement directe :
« Je monétise qui je suis. »
Non pas, explique-t-il, parce qu’il aurait choisi artificiellement une spécialité, mais parce que son activité serait devenue la continuité de ce qu’il cherchait déjà à comprendre depuis l’enfance.

Une psychanalyse qu’il dit avoir construite lui-même

Cédric se présente comme psychanalyste énergéticien, mais précise immédiatement qu’il ne travaille pas à partir des modèles de Freud, Jung ou Lacan.
La psychanalyse qu’il pratique, dit-il, est une approche qu’il a développée à partir de ses propres observations, recherches et expériences.
Il décrit son travail comme une forme d’« ingénierie ».
L’idée est de comprendre comment une personne s’est progressivement construite, quelles adaptations elle a mises en place et comment retrouver, derrière ces mécanismes, un fonctionnement qu’il considère comme plus juste.
Cette conception s’appuie sur une accumulation de connaissances mais aussi sur un principe d’observation : plus il comprend de situations, explique-t-il, plus certains modèles deviennent pour lui immédiatement reconnaissables.
Il compare volontiers ce travail à celui d’un ingénieur qui examinerait une tuyauterie : suivre les circuits, repérer les endroits où quelque chose bloque et comprendre comment restaurer une circulation.

Des « traumatismes » aux « pollutions »

C’est dans ce cadre qu’il préfère utiliser le terme de “pollution” plutôt que celui de traumatisme.
Le mot peut surprendre. Pour lui, une pollution désigne quelque chose que la personne porte mais qui ne lui appartient pas véritablement : une expérience, une association, un conditionnement ou encore un héritage familial.
Il propose une image pour expliquer sa conception du traumatisme : deux pièces de puzzle qui auraient été forcées pour s’emboîter alors qu’elles n’étaient pas faites pour aller ensemble.
Une expérience a eu lieu. Un ressenti lui a été associé. Cette association finit par conditionner la manière de réagir à certaines situations.
Son objectif n’est pas, dit-il, de nier la violence ou les conséquences d’un traumatisme. Il cherche au contraire à simplifier le mécanisme afin de le rendre, selon ses termes, plus « préhensible » et donc plus facile à travailler.
À cette lecture psychique, Cédric ajoute une lecture énergétique qui lui est propre. Il considère notamment que certaines de ces « pollutions » peuvent être transmises d’une génération à l’autre.
Il mobilise alors les notions de chakras, de circulation énergétique, de « magma terrestre » et de « source universelle » — qu’il appelle plus simplement sa « boule bleue ».
Ce vocabulaire constitue le cadre qu’il a élaboré pour représenter les phénomènes qu’il dit observer dans sa pratique.

Le transgénérationnel : comprendre sans en faire une identité

Cédric s’intéresse beaucoup au transgénérationnel, mais il se méfie paradoxalement de la place considérable qu’il occupe aujourd’hui dans certains discours thérapeutiques.
Nous parlons beaucoup, dit-il, de ce que nos parents, grands-parents et générations précédentes nous auraient transmis.
Cette connaissance peut être utile à condition de ne pas transformer l’héritage familial en nouvelle détermination.
Son approche consiste moins à rester longtemps dans l’histoire de ce qui a été transmis qu’à identifier ce qui est encore actif et à chercher à s’en dégager.
Il affirme avoir effectué ce travail sur lui-même, notamment vis-à-vis de son père, de sa mère et de son environnement social.
Ce qu’il dit avoir trouvé au bout de ce processus tient en deux expressions : liberté intérieure et sécurité intérieure.

Exister : se connaître plutôt que se contrôler

Qu’est-ce alors qu’« exister » ?
Pour Cédric, cela signifie se comprendre, se connaître et être suffisamment connecté à soi pour développer une maîtrise intérieure. Il insiste sur la différence entre maîtrise et contrôle.
Le contrôle serait essentiellement mental.
La maîtrise suppose au contraire une connaissance suffisamment intégrée de son fonctionnement pour ne plus avoir à tout piloter consciemment.
Son parcours personnel commence, dit-il, par la connaissance. Il ne se présente pas comme médium et refuse volontiers la notion de « don ». Il préfère parler de curiosité, de résilience, de capacité à comprendre et de volonté de repousser certaines limites. Il reconnaît toutefois une très forte sensibilité à l’humain et au vivant.
Diagnostiqué HPI à l’âge de sept ans, il raconte avoir longtemps considéré comme normales certaines perceptions ou intensités qu’il découvrira ensuite comme particulières. Ses parents ont joué, selon lui, un rôle important en lui donnant la possibilité d’être simplement « Cédric », sans chercher en permanence à corriger sa manière d’être.

Le thérapeute ne fait pas le travail à la place de l'autre

L’une des idées auxquelles Cédric revient régulièrement concerne la place de l’accompagnant.
Il refuse l’image d’un thérapeute qui agirait directement sur son patient et affirme chercher avant tout à l’autonomiser. « Je ne fais pas le job. Je guide. »
Son rôle consiste à apporter des mots, des mécanismes et des éléments de compréhension qui permettent ensuite à la personne de trouver elle-même ce qu’elle cherche.
Pour expliquer la progression thérapeutique, il utilise la notion de « conscience + 1 ».
Il ne s’agirait jamais de placer la personne trois ou quatre étapes plus loin que l’endroit où elle se trouve. Il faut seulement lui proposer la marche suivante. Cela peut être un mot qu’elle est en mesure d’entendre, une compréhension qu’elle peut intégrer, une étape qui lui permet ensuite d’en découvrir une autre.
Pour lui, chercher à aller trop vite peut devenir contre-productif, particulièrement avec les personnes qu’il accompagne.

L’influence n’est pas forcément un gros mot

Cédric assume également un terme dont beaucoup de thérapeutes se méfient : l’influence.
Il ne prétend pas être neutre. Toute relation humaine produit selon lui une influence. La question est donc moins de prétendre qu’elle n’existe pas que de savoir ce que l’on en fait. Il traduit ce principe dans son vocabulaire énergétique par une notion de fréquence : une fréquence plus élevée influencerait une fréquence plus basse.
C’est sur cette base qu’il affirme qu’un accompagnant doit continuellement poursuivre son propre travail de compréhension et de conscience. Pour continuer à accompagner, le thérapeute doit lui-même continuer à évoluer.
Les personnes qu’il reçoit jouent d’ailleurs un rôle dans ce processus : chaque accompagnement lui renvoie de nouvelles observations et lui permet, dit-il, de comprendre ce qu’il n’avait pas encore perçu. Il compare volontiers le thérapeute à quelqu’un muni d’une lampe de poche : il peut éclairer un chemin parce qu’il l’a lui-même déjà parcouru.

« Toute compétence qu’on n’utilise pas se pollue »

Parmi les affirmations les plus fortes de l’entretien figure cette idée :
« Toute compétence qu’on n’utilise pas de soi se pollue. »
Cédric va jusqu’à établir un lien entre certaines souffrances et des talents qui n’auraient pas trouvé la possibilité de s’exprimer.
Il parle alors de « positivation » plutôt que de positivité : il ne s’agit pas simplement de regarder les choses positivement, mais de transformer ce qui est vécu comme négatif pour retrouver la compétence ou l’énergie qui pourrait se trouver derrière. Il emploie également le terme d’« alchimisation ».
L’idée est centrale dans son système : une caractéristique ne devrait pas seulement être identifiée ou expliquée. Elle devrait pouvoir devenir utilisable.
C’est aussi la critique qu’il adresse à certains discours autour de la neuroatypie. Dire à quelqu’un qu’il possède des talents exceptionnels ne suffit pas. Encore faut-il que ces talents prennent réellement forme dans sa vie.

Sa définition très personnelle de la neuroatypie

Lorsqu’on lui demande finalement ce qu’est, pour lui, une personne neuroatypique, Cédric donne une définition qui s’éloigne nettement des classifications médicales ou psychologiques habituelles.
Dans son modèle, le neuroatypique serait une personne née principalement dans des « fréquences hautes » : celles de la conscience, du sens, des valeurs ou de certaines perceptions.
Mais il insiste : cela n’en fait pas un être supérieur. Au contraire. Selon lui, la difficulté vient justement de ce que ces personnes n’occuperaient pas suffisamment ce qu’il appelle les fréquences plus basses : le corps, la matière, l'ancrage et la vie concrète.
Il utilise l’image d’une échelle sur laquelle certaines personnes commenceraient directement au septième barreau sans avoir occupé les précédents. Le travail ne consisterait donc pas à monter encore plus haut, mais au contraire à redescendre et occuper l’ensemble de l’échelle.
Il résume ainsi une partie de son accompagnement : « Mon job, c’est de les ramener sur terre. »
Cette vision explique aussi pourquoi il critique l’idée selon laquelle être HPI, hypersensible ou neuroatypique constituerait en soi une forme d’exceptionnalité. Une capacité qui ne peut pas s’incarner ou être utilisée reste, à ses yeux, une capacité inachevée.

Des soins debout et uniquement par téléphone

Sa pratique concrète est elle aussi singulière. Cédric ne reçoit pas ses clients dans un cabinet et ne travaille pas en visioconférence. Ses consultations se déroulent uniquement par téléphone.
Il estime que l'absence d'image réduit les sollicitations mentales : on n’analyse plus le regard, le mouvement du visage ou la réaction physique de l’autre.
La personne peut fermer les yeux, rester dans son propre environnement et concentrer davantage son attention sur ce qu’elle ressent. Lorsqu’un travail corporel ou énergétique intervient, il demande également aux personnes de rester debout.
Son approche passe par la respiration, les sensations corporelles, la chaleur, la transpiration et différents exercices qu’il décrit comme permettant d’« ouvrir » puis de « dépolluer » certaines zones. Il se démarque ainsi volontairement de l’image traditionnelle d’un soin énergétique réalisé allongé.
Apporter quelque chose de nouveau fait d’ailleurs partie de son identité professionnelle : il dit n’avoir jamais voulu devenir le clone d’une pratique existante.

Enseigner autant qu’accompagner

Cette dimension apparaît très clairement dans sa manière de parler. Cédric se considère autant comme enseignant que comme thérapeute. Il raconte avoir eu deux désirs professionnels longtemps restés discrets : devenir psy et devenir professeur.
Il estime aujourd’hui avoir réuni les deux. Il accompagne, mais il enseigne également sa pratique à d’autres professionnels, parmi lesquels, affirme-t-il, des psychiatres.
Curieusement, il n’a pas véritablement donné de nom à sa méthode. La question de la propriété intellectuelle ne semble d'ailleurs guère l'intéresser. Une méthode, explique-t-il, ne lui « appartient » pas véritablement. Il se voit davantage comme quelqu’un qui a observé et mis en évidence des mécanismes que comme leur propriétaire.

Marrakech : être étranger pour être libre

Cédric vit aujourd’hui à Marrakech. Ce choix n’est pas seulement géographique. « J’aime être un étranger. Être un étranger, c’est être libre. »
Vivre à l’étranger lui permet, explique-t-il, de se dégager d’une partie des codes sociaux qui solliciteraient autrement son attention. Cette distance créerait un espace propice au calme et à la créativité.
Elle correspond également très bien à son mode de pratique : puisque ses consultations se déroulent entièrement par téléphone, son lieu de vie n’est pas lié à celui de ses clients. L’éloignement devient alors moins un obstacle qu’une composante de son fonctionnement.

« Il n’y a pas de mission de vie, il n’y a que des rôles »

À la fin de l’entretien, une question lui est posée : qu’aimerait-il que l’on retienne de lui ?
Sa réponse revient d’abord à la neuroatypie. Il voudrait montrer, dit-il, qu’il est possible de bien vivre en étant neuroatypique. Puis il formule l’une des phrases les plus tranchées de l’échange :
« Il n’y a pas de mission de vie, il n’y a que des rôles. »
Pour lui, être pleinement soi ne consiste pas à découvrir une destination prédéterminée. Il s’agit plutôt d’être suffisamment connecté à soi pour pouvoir agir, exercer ses compétences et tenir les rôles qui sont les siens. Il inverse ainsi une autre formule classique : non pas avoir pour être, mais être pour avoir.
La sécurité, affirme-t-il, doit d’abord devenir intérieure.
Son approche, depuis la psychanalyse jusqu’à l’énergétique, vise finalement la même chose : permettre à la personne de découvrir des parties d’elle-même auxquelles elle n’avait pas encore accès et de les intégrer suffisamment pour pouvoir les utiliser.
C’est sans doute ce qui résume le mieux sa conception de la neuroatypie. Non pas faire de la différence une identité à protéger. Mais chercher à comprendre ce qu’elle permet de devenir et d’incarner.

Source

Cet article est issu d’un entretien vidéo avec Cédric, psychanalyste énergéticien spécialisé dans l’accompagnement des personnes neuroatypiques, publié sur YouTube ABC Talk TV.
Vidéo originale :
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